Les 4èmes Journées Tricolor

4èmes Journées Tricolor à Saint-James

La laine comme ressource vivante : 
patrimoines d’avenir pour les filières lainières françaises

Organisées par le Collectif Tricolor et accueillies par Tricots Saint James, les 4èmes Journées Tricolor ont réuni du 28 au 30 mai plus de 70 participants venus de toute la France : éleveurs, artisans, industriels, chercheurs, marques, collectivités et institutions engagés dans le développement des filières lainières françaises.

Placée sous le thème « La laine comme ressource vivante : patrimoines d’avenir », cette édition a mis en lumière la richesse culturelle, économique et écologique de la laine, à la croisée des enjeux de transmission, d'innovation et de développement territorial.

En écho à l’Année du Pastoralisme et des Parcours inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, les Journées Tricolor ont rappelé combien la laine constitue bien davantage qu'une simple matière première : elle est le reflet d'une relation ancienne entre les éleveurs, les paysages, les savoir-faire et les territoires.
 

Une première journée d’échanges et de travail collectif

Accueillis au sein des ateliers de Tricots Saint James, les participants ont débuté ces Journées par une immersion au cœur d'une entreprise emblématique du patrimoine textile français. Cette visite a permis de découvrir les différentes étapes de fabrication des célèbres marinières et pulls marins, tout en mettant en évidence la capacité d'une entreprise historique à conjuguer héritage, innovation et production locale.

Les Journées ont ensuite été officiellement ouvertes par Luc Lesénécal, Président de Tricots Saint James, suivi de Juliette Brown, Chargée de mission filières viandes ruminants au Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire et Julien Sylvain, Président du Collectif Tricolor et fondateur de Tediber.

La matinée s'est poursuivie par une présentation des actions menées par le Collectif Tricolor depuis sa création : cartographie du gisement lainier français, travaux sur la traçabilité — et les impacts des laines françaises présentés par Nolwenn Touboulic, Ingénieur en charge des textiles, papiers-cartons et bois à l’ADEME et Delphine Droz, fondatrice de La Belle Empreinte, — développement de débouchés industriels, projets européens, valorisation des laines françaises auprès des marques et accompagnement de plusieurs projets structurants sur l'ensemble du territoire national.

Un projet de lavage écologique au cœur des enjeux de transformation

Avant la pause déjeuner, Guénaël Rimaud et Cédric Auplat, cofondateurs de Sustainable Wool Scouring (SWS), sont venus présenter l'avancement de leur projet de station de lavage écologique des laines françaises.

Leur intervention a permis de partager les résultats de l'étude de marché réalisée par Euramaterials en partenariat avec le Collectif Tricolor, qui confirme l'existence d'un besoin industriel significatif pour une solution de lavage adaptée aux volumes et aux spécificités des laines françaises.

Les porteurs du projet ont également présenté les principes techniques du futur outil, conçu pour réduire fortement les consommations d'eau et d'énergie, ainsi que leur recherche actuelle de partenaires industriels et financiers susceptibles de co-investir dans cette infrastructure considérée comme l'un des maillons manquants de la filière nationale.

Coopérer pour créer davantage de valeur

L'après-midi a débuté par une première table ronde consacrée aux synergies entre co-filières et collaborations.

Animée par Pascal Gautrand, elle a réuni Florence Bellée (Saint James), Myriam Tuffery (Atelier Tuffery), Sandra Biaggi (Laboratoire des Pratiques Durables des Manufactures Nationales) et Karim Behlouli (La French Filature / NatUp).

Les échanges ont mis en évidence l'importance croissante des collaborations entre filières naturelles, entre marques et entre savoir-faire. Plusieurs exemples ont illustré les bénéfices d'une approche plus transversale des ressources : valorisation des coproduits du lin et de la laine, développement de matières hybrides, coopérations entre designers, artisans, producteurs et industriels, ou encore partenariats entre marques permettant de renouveler les récits et les usages.

Au-delà des exemples présentés, la discussion a souligné qu'une filière performante repose de plus en plus sur sa capacité à valoriser l'ensemble de ses ressources, à créer des passerelles entre métiers et à construire des écosystèmes territoriaux complémentaires.

Quand le patrimoine devient moteur de développement

La seconde table ronde a exploré les liens entre patrimoine vivant, tourisme de savoir-faire et attractivité des territoires.

Aux côtés de Véronique Michel (Manufacture de l'archange Michel), Solenn Roggeman (De Fil en Archives), Anthony Mathé (Sémiolab), Cécile Pierre (Entreprise & Découverte) et Deborah Neuberg (De Bonne Facture), les échanges ont montré comment les archives, les ateliers, les manufactures et les paysages productifs constituent aujourd'hui des ressources stratégiques pour les entreprises.

Les intervenants ont notamment insisté sur la nécessité de dépasser une simple valorisation nostalgique des savoir-faire pour construire des récits contemporains capables de créer du lien entre les produits, les territoires et les consommateurs. Le développement des visites d'entreprises, des expériences immersives et des parcours de découverte apparaît désormais comme un levier majeur de différenciation et de transmission.

Quatre ateliers pour approfondir les grands enjeux de la filière

La fin d'après-midi a été consacrée à quatre ateliers participatifs permettant aux participants d'approfondir plusieurs sujets stratégiques.

Le premier atelier a porté sur la place de la laine dans l'univers de la literie et du sommeil. Les échanges ont permis d'explorer les opportunités offertes par les qualités thermorégulatrices et naturelles de la laine, ainsi que les attentes croissantes des consommateurs en matière de confort, de durabilité et de traçabilité.

Le deuxième atelier s'est intéressé aux usages de la laine dans la maroquinerie, le feutre et les matériaux composites. Les discussions ont notamment abordé les perspectives ouvertes par la valorisation des peaux lainées, les nouvelles applications techniques du feutre ainsi que les innovations associant laine et autres matières naturelles.

Le troisième atelier a traité des enjeux de traçabilité des matières naturelles. Les participants ont partagé leurs expériences concernant les outils de suivi des flux, la certification des origines et les attentes des marchés en matière de transparence, dans un contexte où la connaissance de l'origine des matières devient un élément central de la création de valeur.

Enfin, le quatrième atelier a permis de réfléchir à la transmission des connaissances lainières tout au long de la chaîne de valeur. Baptisé « Tricolor Campus », ce temps de travail a identifié plusieurs besoins en matière de formation, d'acculturation des marques, de sensibilisation des consommateurs et de diffusion des connaissances techniques auprès des différents métiers de la filière.

La journée s'est conclue par l'Assemblée générale du Collectif Tricolor réservée aux adhérents, suivie d'un cocktail favorisant les échanges informels et l'émergence de nouvelles collaborations.

Une immersion dans les savoir-faire et les territoires

La deuxième journée a conduit les participants à la rencontre de plusieurs initiatives emblématiques du territoire normand.

La matinée a débuté par la visite des Ateliers Louis Vuitton, situés dans le sud de la Manche. Suite à une introduction sur les enjeux liés au développement des savoir-faire de la maison Louis Vuitton et de la politique environnementale de la maison et du groupe LVMH, cet atelier a permis aux participants de découvrir les différentes étapes de fabrication d’un sac, mettant en lumière l’excellence artisanale.
La visite a également mis en lumière une autre activité essentielle des ateliers : la réparation et la restauration des articles Louis Vuitton. Véritable pilier de la feuille de route environnementale Régénération 2030 de la maison, ce savoir-faire de la durabilité s’appuie sur un stock avec des milliers de matières et de références, permettant de redonner vie à des pièces provenant du monde entier.
Cette immersion a illustré de manière concrète les liens entre excellence artisanale, transmission des savoir-faire, durabilité des produits et valorisation des matières.

Le groupe s'est ensuite rendu au GAEC des Va-Nu-Pieds, où François Cerbonney élève des brebis Roussin de la Hague dans les prés salés de la baie du Mont-Saint-Michel. Cette visite a permis d'aborder les liens entre pastoralisme, biodiversité, entretien des paysages et qualité des productions agricoles.

L'après-midi s'est poursuivie à la Manufacture de l'Archange Michel – Filature du Petit-Auney. Ce lieu patrimonial en cours de réhabilitation incarne une démarche exemplaire de renaissance d'un ancien site textile. Les participants ont découvert les travaux engagés pour faire de cette ancienne filature un espace dédié à la mémoire des savoir-faire lainiers tout en développant de nouvelles activités économiques et culturelles.

Une troisième journée ouverte au grand public

Coorganisée par le Collectif Tricolor et la Manufacture de l'Archange Michel avec le soutien de la Région Normandie, cette journée a permis d'ouvrir les portes de la filière à un public familial.

La matinée a été consacrée à une mini-transhumance à travers le bocage normand. Accompagnés par les éleveurs, les visiteurs ont découvert le rôle du pâturage dans le maintien des paysages ouverts, la préservation des prairies permanentes et le soutien à la biodiversité.

Après un déjeuner mettant à l'honneur les produits biologiques et locaux, l'après-midi a permis de découvrir les différentes étapes de transformation de la laine : tri, lavage, cardage, filage, feutrage et ennoblissement.

Grâce aux démonstrations réalisées par les artisans et professionnels présents, les visiteurs ont pu mieux comprendre le parcours de cette fibre naturelle, de l'animal jusqu'au produit fini.

Un rendez-vous pour construire les patrimoines d'avenir

À travers ces trois journées, le Collectif Tricolor a poursuivi sa mission de structuration de la filière laine française en favorisant les rencontres, les échanges d'expériences et l'émergence de nouveaux projets.

Les discussions ont confirmé que l'avenir de la laine ne repose pas uniquement sur ses qualités techniques ou environnementales, mais également sur sa capacité à fédérer des acteurs issus d'univers différents : élevage, artisanat, industrie, recherche, création, tourisme, culture et développement territorial.

En réunissant ces communautés autour d'une vision commune, les 4èmes Journées Tricolor ont démontré que la laine constitue un véritable patrimoine vivant, capable de relier les territoires, de créer de la valeur et d'inspirer les innovations de demain.

 

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