Portraits du Collectif Tricolor. Une multiplicité de professions, et autant d’hommes et de femmes engagés dans la restructuration des filières lainières françaises. À travers une série d’entretiens, le Collectif Tricolor vous emmène à la rencontre de ses partenaires. __________________________________

Aujourd’hui, rencontre avec François Monge, président de la section ovine de La Coopération Agricole et Maurine Grivaz, responsable de cette section au sein du Pôle Animal.

La Coopération Agricole [LCA] représente l’ensemble des coopératives agricoles, agroalimentaires, agro-industrielles et forestières françaises, ainsi que des fédérations régionales. Porte-voix politique et force de proposition auprès des pouvoirs publics, des médias et de la société civile, elle promeut le modèle coopératif en valorisant son action économique. Trois missions définissent son activité : l’accompagnement, la protection et l’anticipation. Différents secteurs agricoles y sont regroupés : céréales, luzerne, vin, lait et viandes. La laine étant une problématique commune à tous les éleveurs ovins de France, l’adhésion de La Coopération Agricole au Collectif Tricolor promet d’être un levier d’actions fort. 

Pour commencer, que vous évoque personnellement le mot 
« laine » ?

François Monge : La laine est un matériau bien sûr chaleureux, mais en tant qu’éleveur, cela me rappelle surtout qu’elle ne couvre pas le coût de la tonte… Pour les moutons Mérinos peut-être, mais pour la majorité des races, comme mes Romanes, elle est véritablement une charge. Je suis installé dans le Diois à égale distance de Valence, Montélimar, Gap et Sisteron, où j’élève 450 brebis. Depuis 1990, j’élève des brebis Mérinos à 80%, ainsi que des brebis Romanes, le tout en Agriculture Biologique. Je les fais transhumer dans le Vercors, mes brebis passent la moitié de l’année dans les pâturages alpins ! Tout en étant président de la section ovine de La Coopération Agricole, je suis aussi président de la coopérative de Sisteron, L’agneau Soleil. Il est toujours intéressant de travailler en coopérative, car on y croise une multitude de professions. 
 

François Monge, dans quel contexte avez-vous été amené à devenir éleveur et président de la section ovine de La Coopération Agricole?

FM : J’ai en quelque sorte suivi le chemin de mon père, qui était éleveur et responsable de la coopérative et de la Sica Grillon pendant de longues années. Le métier d’éleveur et l’engagement en tant que responsable professionnel sont souvent des affaires familiales. Pour ma part, je représente la 4e génération.

Maurine Grivaz : J’ajoute à cela que travailler pour une fédération de coopératives représente un engagement politique qui va au-delà de la défense du métier d’éleveur. Il s’agit de défendre, au niveau national, un modèle commun partagé par différentes entreprises agricoles. La coopérative est une sorte de prolongement de l’exploitation agricole, qui n’incarne pas un modèle de production et de vente individuel, mais qui agit à l’échelle de toute une filière, en tenant compte de l’ensemble des éleveurs. 

 

« Travailler pour une fédération de coopératives représente un engagement politique qui va au-delà de la défense du métier d’éleveur. »

 

Les entreprises adhérentes à La Coopération Agricole ont-elles un profil type ?

FM : Non, chacun garde un modèle adapté à sa production et sa région. De manière générale en France, les éleveurs français possèdent en moyenne entre 200 et 450 brebis, donc nous sommes loin des troupeaux australiens de milliers de têtes… Une coopérative est définie sur une aire géographique et tout éleveur sur cette aire, quel que soit son système d’exploitation, peut l’intégrer. En bio ou non, en IGP, en Label Rouge ou en standard, chaque coopérative œuvre en fonction des circuits spécifiques de sa région, de ses marchés, de ses orientations etc.


Quel rapport entretenez-vous aux territoires dans lesquels vous vous inscrivez ?

FM : La section ovine de LCA comprend 33 coopératives qui peuvent intégrer tous les métiers de la production, de la collecte, de la commercialisation, jusqu’à l’abattage et la transformation. Nous nous réunissons en Conseil d’administration quatre ou cinq fois par an et organisons régulièrement des commissions dont les thématiques peuvent autant porter sur le bien-être animal que sur l’environnement par exemple. Pour chaque section, nous sommes assistés par des experts qui nous aident à prendre le tournant de l’agroécologie notamment, et qui accompagnent nos adhérents pour faire évoluer les éleveurs dans leurs pratiques et leur développement.

MG : Nous travaillons effectivement par groupes de travail, dont les membres sont répartis aux quatre coins de la France. Ainsi, toutes les régions et tous les systèmes sont représentés dans les échanges et travaux que nous réalisons. Cela permet une prise en compte des spécificités de chacun et d’arriver à des consensus qui rassemblent tout le monde. 


En quoi diriez-vous que votre profession est engagée pour la société de demain ?

MG : La Coopération Agricole, en tant que fédération nationale, est un interlocuteur constant de la vie politique. Nous nous plaçons en quelque sorte en tant qu’intermédiaire entre les pouvoirs publics ou ONG et les coopératives agricoles. En étant porte-parole des adhérents, en défendant leurs intérêts et en proposant une expertise pour le corps politique, nous nous inscrivons dans une dynamique sociétale évidente.

 

« [...] il est nécessaire de rassembler un maximum d’acteurs de la filière, car les initiatives locales seules ne suffiront pas.  »

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à intégrer le Collectif Tricolor ? Et comment avez-vous pris connaissance du Collectif ?

FM : On sent bien aujourd’hui qu’il est important au sein de la profession de valoriser l’ensemble des produits. De la viande, au lait, et à la laine, nous essayons tous de maintenir la filière dans une dynamique circulaire. D’autant que la laine est une matière noble ! Quand je vois que certains la brûlent, je trouve cela dommage. Et en même temps, s’il n’y a pas de marché, il n’y a pas de marché ! Plusieurs coopératives se sont déjà organisées pour essayer de la vendre, le mouvement est en cours, mais pas encore suffisamment structuré en une démarche globale. Chacun agit à son échelle et à sa portée, mais ce n’est pas suffisant. Nous avons donc intégré le Collectif Tricolor sans se poser de question, pour aider à structurer la filière lainière française. 


Selon vous les pratiques d’élevage peuvent-elles évoluer vers des modèles vertueux?

FM : Oui, mais il faut que le mouvement soit encouragé par les consommateurs. Certains éleveurs ont déjà commencé évidemment. Dans ma coopérative, certains trient la toison entre le ventre et les pieds, la tête… D’autres se sont installés dans des salles de tonte en plancher ou sur des bâches pour éviter que la toison ne se mélange au fumier et à la paille.

MG : Oui, c’est faisable à partir du moment où le produit final rapporte quelque chose aux éleveurs. Il y a donc plusieurs axes à suivre avec Tricolor, et le premier concerne les débouchés qui permettront de manière réaliste de vendre de la laine à plus de 20 centimes le kilo ! Et je pense qu’il faut passer par une phase de démonstration. Lorsque Tricolor se sera créé une place pérenne dans nos filières, nous aurons de réels outils de persuasion.


Enfin, quelle serait selon vous l’action principale à réaliser aujourd’hui pour les filières lainières de demain ?

FM : Je pense que le défi doit être relevé à plusieurs.

MG : Il est difficile de répondre… Une première réponse serait d’abord de montrer que le projet est viable à une petite échelle, pour ensuite le diffuser à plus grande échelle. Afin qu’un projet soit accepté comme étant producteur et vendeur, il faut réaliser une preuve de concept.

FM : Bien des structures fonctionnent à leur échelle, mais les volumes réalisés ne sont pas suffisants face à la demande globale des éleveurs français !

MG : Dans cette optique, il est nécessaire de rassembler un maximum d’acteurs de la filière, car les initiatives locales seules ne suffiront pas. Les coopératives regroupent la moitié des éleveurs ovins de France, il est donc indispensable que nous soyons partie prenante des réflexions de Tricolor.

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