Portraits du Collectif Tricolor. Une multiplicité de professions, et autant d’hommes et de femmes engagés dans la restructuration des filières lainières françaises. À travers une série d’entretiens, le Collectif Tricolor vous emmène à la rencontre de ses partenaires. __________________________________

Aujourd’hui, rencontre avec France Drugmant, responsable de l'agriculture et de l'alimentation pour la Fédération des Parcs naturels régionaux de France. 

Depuis 1967, les Parcs naturels régionaux garantissent la préservation du patrimoine naturel et culturel des territoires français. Depuis 1971, ils  sont regroupés en fédération et constituent un soutien indispensable à l'Etat pour le rapprochement de la population à son environnement. A travers la mise en commun d'idées et de projets, les Parcs constituent un levier d'action pour la valorisation des ressources locales... comme la laine.    

Pour commencer, que vous évoque personnellement le mot... « laine » ?

Cela m'évoque en premier lieu le tricot, dont je ne maîtrise absolument pas la technique, mais que ma grand-mère utilisait pour faire des chaussettes qu'elle diffusait un peu partout. A  sa boulangère, à son médecin... Tout le monde en parlait ! Mais au-delà de l'anecdote familiale, cette matière me renvoie à l'artisanat, aux travaux manuels ou encore aux pâturages et aux grands espaces.


Dans quel contexte avez-vous été amenée à exercer votre profession ?

J'ai réalisé mes études d'ingénieure agronome en Belgique [Gembloux] et mon mémoire de fin d’études portait sur le pastoralisme au Sénégal. J'ai ainsi étudié en profondeur l'effet dévastateur de l'élevage ovin dans cette zone au regard de la faible fertilité des sols. Comme pour le pâturage en zone sensible en France, il s'agissait d'allier pâturage et préservation des espaces avec des arbres et des plantes fourragères. C'est ainsi qu’après mes études, je postulais à la Fédération des Parcs naturels régionaux de France [FPNRF] en tant que chargée de mission sur le pastoralisme.
Je travaillais au début sur un projet bien spécifique, puis le poste du chargé de l'agriculture au sein de la Fédération s'est libéré et j'y suis allée ! Ce poste, qui comprend toutes les questions agricoles, est très diversifié dans les missions qu'il propose. En 2016, j’ai ainsi organisé un séminaire autour de l'alimentation, afin de dépasser les questions agricoles dans la relocalisation des ressources alimentaires. Aujourd'hui, il ne s'agit plus de travailler sur les circuits courts, mais d'aller plus loin sur les questions alimentaires territoriales et leur lien avec les pratiques agricoles.

 

« Aujourd'hui, il ne s'agit plus de travailler sur les circuits courts, mais d'aller plus loin sur les questions alimentaires territoriales et leur lien avec les pratiques agricoles. »

 

Quel lien les PNR entretiennent aux territoires avec lesquels ils travaillent ? Agissent-ils différemment ou existe-t-il une ligne conductrice dans leurs actions ?

Le but de la Fédération est de mettre en réseau les territoires des Parcs et de porter au niveau national leur parole. Un PNR est créé à l'initiative d'une région avec une charte établie sur quinze ans. Avec l'approbation des élus, des communes, des départements et Régions concernées et de l’Etat, celle-ci définit les objectifs du territoire et garantit un engagement local à réaliser ces objectifs. Les 58 PNR actuels représentent 16% du territoire français et comprennent une diversité d’enjeux forts, en particulier en agriculture, en raison de l'hétérogénéité de leurs surfaces agricoles. Un agriculteur ou un éleveur n'aura pas les mêmes préoccupations selon qu'il sera en montagne ou en plaine…
Ensuite, le travail des Parcs est réalisé par des équipes pluridisciplinaires d'environ trente personnes, qui développent des missions concrètes autour de la préservation des patrimoine naturels, paysagers et culturels, l’aménagement du territoire, le développement économique et social, l'accueil, l’éducation et l’information du public, ainsi que l'expérimentation. Le budget moyen d’un Parc en fonctionnement est d’environ trois millions d'euros par an pour faire de l'ingénierie. Les Parcs travaillent avec de nombreux partenaires pour mettre en œuvre leur charte. Après avoir mis tous les acteurs autour de la table et évalué les moyens en rapport au sujet traité, il arrive d'avoir un ou plusieurs chargés de mission sur les questions agricoles [par exemple un chargé pour l'agriculture et un autre pour l'alimentation]. Nous pouvons également accompagner les agriculteurs dans leur transition agroécologique, mais avoir une personne dédiée est rare. Il s'agit souvent du même chargé de mission pour la valorisation de la marque Valeurs parc, la transition agroécologique, l’alimentation...
Enfin, les Parcs travaillent plus dans une logique de concertation et de co-construction plutôt que de contrainte. Sans préétablir de règles ni mettre en place une police de l'environnement, nous essayons d'établir des relations de confiance avec l'ensemble des acteurs du territoire pour construire un projet de développement durable commun.


Le fait d’être passé à des régions plus vastes a-t-il impacté la valeur de proximité portée par les PNR et leur politique ?

Je vais répondre à la question en deux temps. En effet, nous n'avons pas effectué de changement pour les chartes valables sur quinze ans, donc le périmètre des Parcs reste inchangé tant que la charte ne sera pas révisée. En revanche, agrandir les régions a diminué le nombre d'interlocuteurs, ce qui est un avantage, car un Parc peut être à cheval sur plusieurs régions ou départements. Et plus il y a de régions, plus il y a de critères et de mesures différentes selon leur politique... Dont dépendent une majorité de financements, ainsi que certaines aides aux agriculteurs.


Lorsque l'on parle de valorisation du patrimoine culturel immatériel, à quel type d’action cela fait référence ?

Toute une branche du Parc est dédiée à la pédagogie et à l’éducation. A la fois dans les écoles et les musées [dont le Parc peut être à l'origine], mais aussi à travers la publication de travaux scientifiques de sociologie ou d'ethnologie. Pour faire connaître le patrimoine culturel d'un territoire, comme le travail de la laine dans certaines régions, le chargé de projets culturels peut initier des présentations ou des tables rondes autour des différentes étapes de transformation, des pratiques pastorales...
L'enjeu réside dans le maintien en vie d'un patrimoine issu de pratiques anciennes. La culture doit rester vivante. Un exemple d'action va être la collecte de recettes traditionnelles par des enfants auprès de personnes en maisons de retraite. L'idée est ainsi de préserver le patrimoine local tout en le modernisant.

En quoi diriez-vous que la Fédération des PNR est un acteur clé pour la société de demain ?

Nous essayons tous les jours d'être en avance sur les sujets de demain, en donnant des clés pour innover et avancer dans de nouveaux projets. Par exemple, pour les Projets Alimentaires Territoriaux [PAT], nous invitons les Parcs à ne pas rester sur des projets conventionnels, mais à s'approprier le sujet en sollicitant des experts et des acteurs différents. C'est d'ailleurs dans cette démarche que la marque « Valeurs Parc naturel régional » prend en compte les pratiques environnementales mises en place pour les produits. Sans être nécessairement bio ! Nous allons passer une convention avec la Fédération nationale de l’agriculture biologique pour encourager les pratiques qui sortent du conventionnel, car il est difficile de changer de système pour tout le monde en même temps.
Nous réalisons ainsi des séries de webinaires dans le but d'inciter les territoires à aller vers des sujets nouveaux. Par exemple la venaison ! Nous avons énormément de gibier non valorisé, jeté ou abandonné sur place [seulement 11% du gibier consommé vient de France]. Le problème vient du manque d'abattoirs agréés, d'ateliers de découpe et de chambres froides... Deux filières sont donc actuellement en cours d'expérimentation : l'une dans le Parc des Ardennes et l'autre dans le Parc des Ballons des Vosges.
Vous l'avez compris, la notion de filière est intimement liée à la relocalisation de l'alimentation. Même sur les terres d'élevage ou de chasse, les animaux sont souvent envoyés ailleurs ou gâchés par manque de circuit de transformation sur place. J'évoque là particulièrement le cas de la filière ovine ! Il est de notre devoir de reconsolider des filières locales.


Qu’est-ce qui vous a motivé à travailler avec le Collectif Tricolor ? 

Pascal Gautrand [délégué général et fondateur du Collectif] nous a contactés à la suite d’un projet pour la revalorisation de la laine du PNR Lorraine. Dans une logique de continuité, il était bien entendu intéressant de développer le sujet au sein de notre réseau. Pourtant, même après  plusieurs échanges, la laine trouve difficilement sa place dans le projet des Parcs. Il faudrait que chacun organise une filière à son échelle et cela reste encore à développer. En effet, il faut cibler les actions en fonction des ressources [et notamment des races] de chacun. Le PNR du Haut-Languedoc a ainsi déjà initié un projet de valorisation de plantes tinctoriales, dont l'ancrage est historique dans la région.
Comme je l'évoquais plus haut, les chargés de missions ont des missions très larges, il est donc important de trouver des partenaires pour accomplir le travail de façon plus spécifique.

 

« [...] la notion de filière est intimement liée à la relocalisation de l'alimentation. »

 

Enfin, quel serait selon vous le mouvement principal à actionner aujourd’hui pour les filières lainières de demain ?

Je pense que le consommateur devrait voir de façon plus claire l'intérêt d'utiliser les laines locales, autant pour le textile que pour l'isolation, la literie ou la construction écologique. Diversifions nos usages ! Pour comprendre un matériau, je crois qu'il est indispensable d'en connaître les qualités.
Suivant la même idée, je pense que le changement des modes de vie et de consommation nous permet de nous diriger vers une économie générale plus favorable aux filières locales. Il est donc primordial de sensibiliser les jeunes générations à travers l'enseignement, la presse ou encore avec les « influenceurs » ! Le public actuel sensible à ces questions est un public essentiellement aisé. L'objectif est de viser plus large, car sans une consommation raisonnée générale, j'ai bien peur que cela ne fonctionne pas.
Le projet Tricolor est donc intéressant dans le sens où le Collectif est en partie porté par de grandes marques, dont l'impact sociétal est fort. Et comme il touche également les producteurs, le milieu agricole devient tout aussi concerné par une production de qualité, qui est importante pour l'équilibre de la filière.
Pour conclure, j'aimerai souligner qu'au cours des webinaires organisés pendant le confinement, la FFPNR a pu constater que les différents acteurs avaient envie de faire des choses ensembles ! Et il en était de même au sein du Collectif Tricolor ! Il est donc nécessaire pour tous de garder un lien régulier, qui fasse transparaître et alimente les objectifs communs du groupe.

 

— le 12 novembre 2021

@Crédits photo MadeInTown

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